Le marketing de l’humiliation

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21 janvier 2013 // Analyses, Sites

Ces derniers jours,  Internet ne bruisse que de ça : Megaupload va renaître de ses cendres sous le nom « Mega ». Le retour du géant est prévu pour le 19 janvier. Si le retour de Mega est tant attendu c’est en partie pour le symbole, la résistance contre le FBI, l’ordre établi, toussa toussa, mais c’est aussi parce que les utilisateurs, en l’absence de Megaupload ont été contraints d’aller voir ailleurs pour héberger leurs fichiers.
Et l’accueil chez ces autres hébergeurs n’est pas toujours très chaleureux… Effectivement, les acteurs de l’hébergement de fichiers ont profité de l’absence de Kim Dotcom pour mettre en place ce que j’aime appeler le « Marketing de l’humiliation ».

Parmi ces différents hébergeurs, nous pouvons citer rapidement Rapidshare (un des plus connus), MediaFire,  depositfiles, uploaded, uploading… et j’en passe, bref vous l’aurez compris il en existe à la pelle. Et le point commun entre ces différents hébergeurs – comme Megaupload à l’époque – c’est qu’ils proposent tous une offre gratuite permettant à tout un chacun d’uploader ses fichiers et de télécharger les fichiers qui l’intéressent. Et à côté de ça on trouve systématiquement l’offre payante, qui permet les mêmes fonctions mais sans limitation de débit en upload ni download. Des options pour ranger et retrouver ses fichiers, bref en un mot c’est le même service mais en mieux une fois qu’on a payé. Rien de très original.
Ce qui est original c’est la manière qu’ils ont de mettre en avant ces différentes offres payantes. Le premier sentiment que l’on a, quand on arrive sur un de ces sites, c’est qu’on va morfler pour télécharger notre fichier ! En fait tout est construit pour que l’on sente bien que l’on ne dispose pas de l’offre payante, et de ce fait, la procédure pour accéder au fichier est beaaaucoup plus longue et compliqué et demande d’esquiver moult pièges ! Déjà, il convient de se méfier de tous les liens mis en avant ou indiquant « High Speed » « Fast Download », « Direct link »… le site n’a aucun intérêt à vous permettre de télécharger votre fichier rapidement. Et chacun de ces liens vous éloignera un peu plus de votre fichier et vous emmènera soit sur l’offre payante, soit sur un site « partenaire ».
En vrac ces sites mettent différents systèmes pour bien vous montrer que l’utilisation que vous faites du site n’est qu’une tolérance tant que vous n’avez pas payé :
-    Le système des deux compteurs de vitesse : un compteur « gratuit » qui plafonne » dans la zone grise. Et un compteur « Premium » qui bien entendu se balade dans la limite maximale du compteur. Les compteurs symbolisent la vitesse de tléchargement dont on disposera.
-    Les intitulés de liens. Généralement nous autres, pauvres utilisateurs de la version gratuite, devons cliquer sur un petit bouton gris marqué « téléchargement lent », ou « Régulier », alors qu’à côté clignote un GROS bouton coloré « Téléchargement rapide ! » « Fast Download »…
-    Le temps d’attente. A l’exception de RapidShare qui a fait un gros effort ces derniers temps, tout téléchargement sur ces plateformes se fait à la suite d’un temps d’attente situé entre 20 et 50 secondes. Et pendant tout ce temps, l’utilisateur a sous les yeux une voie royale lui indiquant quelque chose du style « Si vous ne souhaitez plus attendre et accéder directement au téléchargement cliquez ici ». Et hop : option payante.
En fait les sites sont déchirés entre les deux offres : ils doivent d’une part proposer un service au plus grand nombre pour attirer le public sur leur site. De l’autre côté leur objectif reste quand même de multiplier les comptes « Premium » pour financer leurs serveurs et rester rentables. Après tout ce ne sont pas des philanthropes.  C’est donc cette double dimension qui entraîne les hébergeurs de fichiers à proposer des parcours toujours plus chaotiques à leurs utilisateurs.

Pourquoi les hébergeurs ont mis en place des méthodes de mise en valeur de leurs offres premium aussi agressives ?
Bien que ce ne soit qu’une supposition, les hébergeurs de fichiers se pensent comme faisant partie de la partie « underground » d’Internet, du web un peu moins tout public, dans lequel on trouve TOUT et n’importe quoi quand on est bien renseigné… et généralement ce web là se permet des méthodes virales un peu limites mais sacrément efficaces.

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