I / Un dispositif structuré et structurant [A]

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< Introduction

Twitter, Facebook, Google +, Instagram, Pinterest, Foursquare,… les réseaux sociaux ne cessent de se multiplier depuis près de 10 ans. Certains axés sur la photo, d’autres ouverts à tous les medias, offrant chacun à leurs utilisateurs des possibilités en apparence très différentes.

Comment, dans ce contexte où les plates-formes à vocation sociale se multiplient et semblent se diversifier à l’infini, parvenir à trouver une cohérence ? Nous allons tenter de répondre à cette question en proposant l’hypothèse suivante :

Derrière la diversité apparente des réseaux sociaux se cacheraient en réalité un certain nombre de traits communs qui donnent à cet ensemble un peu chaotique de plates-formes un semblant d’unité. Ainsi, nous envisageons les réseaux sociaux comme autant de dispositifs qui répondent à un type de structure donné et dont la structure détermine les objets qui seront publiés sur le réseau. En un mot, nous allons procéder à une déconstruction de l’architexte de Facebook afin d’identifier sa structure et ses enjeux.

A – Une diversité de plates-formes ?

Face à la multitude de réseaux sociaux que nous venons d’évoquer, tentons tout d’abord d’identifier les principaux acteurs que nous sommes susceptibles d’étudier au sein de notre société. Nous analyserons ces différents dispositifs sociaux à la lumière d’un des principes fondamentaux du web dit 2.0 : l’interaction

1 – La logique d’interaction, cœur du web 2.0

Qu’est-ce que le web 2.0 ? Il ne se passe pas une journée sans que l’on croise cette expression au détour d’un article, ou d’un billet d’humeur. Employé pour désigner un type de sites, pour décrire l’évolution d’Internet au fil des années, ou pour faire rêver sur les fantastiques possibilités offertes par le web, ce terme est utilisé en toutes circonstances pour désigner un grand nombre de réalités différentes.

L’expression web 2.0 s’est généralisée à partir de 2005, suite à la publication de l’article « What is Web 2.0 »[1], rédigé par Tim O’Reilly. A l’instar de cet article fondateur pour la notion de 2.0, nous nous bornerons à une définition basée sur la notion d’interaction. La conclusion de l’article rappelle les principes fondamentaux de ce nouveau web. L’auteur indique parmi ces principes « Considérer l’utilisateur comme un co-développeur »[2]. Ainsi, internet est entré dans l’ère du web 2.0 avec la mise en place des dispositifs participatifs. Par ces mots nous entendons les systèmes types commentaires, forums, réseaux sociaux, blogs, dans lesquels l’internaute peut générer du contenu en réponse à un contenu préexistant. C’est de cet apport technologique que naît la logique d’interaction. En opposition au web 1.0, ou web statique, ce nouveau web se veut dynamique, il se veut participatif, et surtout : évolutif. Après l’essor des blogs et forums au début des années 2000, les dispositifs que l’on qualifie de « réseaux sociaux » incarnent le nouveau fer de lance du web 2.0.

Tout comme pour la notion de web 2.0, il convient de nous arrêter un instant sur cette formule de « réseaux sociaux » afin de mettre au point une définition unique sur laquelle nous appuyer pour la suite de notre étude. Cette définition se doit de prendre en compte tous les types de dispositifs sociaux existant aujourd’hui quelle que soit leur singularité, tout en les distinguant des autres systèmes participatifs évoqués plus haut. Nous avons ainsi choisi de prendre comme référence la définition établie par Danah BOYD et Nicole ELLISON[3], qui établissent une définition des réseaux sociaux « Social Networks Sites » à partir des trois critères suivants :

Des services web qui permettent aux individus :

(1) de construire un profil public ou semi-public dans le cadre d’un système délimité,

(2) d’organiser une liste d’autres utilisateurs avec lesquels ils partagent des relations

(3) de voir et de croiser leurs liste de relations et celles créées par d’autres à travers le système.  [4]

Dès cette première définition nous pouvons identifier l’axe majeur qui permet de caractériser tout réseau social : la présence d’utilisateurs interagissant entre eux, par l’intermédiaire de leur avatar.            Cette définition a été développée en 2007 et il n’est plus à prouver que les systèmes évoluent particulièrement vite dans le domaine des nouvelles technologies.

Nous pouvons ainsi nous demander si les plates-formes existant aujourd’hui, et sur lesquelles notre étude va porter, correspondent encore à cette définition. Faute de pouvoir prétendre à une quelconque exhaustivité face à la diversité de plates-formes sociales qui existent aujourd’hui, nous préférons commencer par identifier les plates-formes dites sociales les plus populaires.

Figure 1 : Etat des lieux de l’utilisation des réseaux sociaux en 2012

Facebook 1 Milliard
Twitter 500 Millions
Google+ 500 Millions
Instagram 100 Millions
Pinterest 20 Millions
Foursquare 20 Millions

Source : Agence 50A[5] – 06/09/2012

Facebook, Twitter, au même titre que les autres sites réunissant plusieurs millions d’utilisateurs, correspondent à la définition que nous avons choisie plus haut de ces réseaux sociaux. L’utilisateur peut, sur chacune des plates-formes, construire un profil et définir des critères d’accès au contenu qu’il met en ligne. Tout utilisateur a également la possibilité d’établir des liens avec d’autres utilisateurs de la plate-forme, qu’il s’agisse d’amis, de contacts ou encore de « flux suivis »…

Nous appréhendons ici avec plus de précision ce que sont les réseaux sociaux. Il était en effet nécessaire d’en arrêter la définition afin de mener notre étude. Nous nous appuierons à la fois sur la définition de ce qu’est le web 2.0, ainsi que sur les trois caractéristiques fondamentales de tout réseau social, telles que vues précédemment. Définir le champ des réseaux sociaux n’est cependant pas suffisant. Il est nécessaire d’analyser les éléments constitutifs de ces systèmes. Un réseau social ne serait rien sans les utilisateurs qui l’alimentent quotidiennement. C’est donc désormais sur les modalités de création du contenu par les utilisateurs sur les réseaux sociaux que nous allons porter notre attention.

2 – Une palette d’outils orientant la créativité : le cas de Facebook

A priori, nous pouvons d’emblée distinguer deux types d’objets sur les réseaux sociaux : les objets destinés à être rendus publics, et les objets destinés à une consommation privée.

Parmi les objets privés nous comptons notamment les mails privés, les Pokes, les échanges effectués sur le chat, sur Facebook, ou encore les « Messages privés » que les utilisateurs peuvent s’envoyer sur le site de micro-blogging Twitter. La première caractéristique de ces objets est qu’ils sont destinés à une seule et unique personne, dans le cadre d’une relation « one to one ». On comprend que ces objets se distinguent des objets « publics », avec l’exemple du « Bug Facebook » qui a agité Internet fin septembre dernier[6]. Ces objets destinés à quelques personnes spécifiques auraient soudainement été soumis à la vue de tous, ce à quoi ils n’étaient de toute évidence pas destinés.

Ces premiers objets, que nous avons qualifié d’objets privés ne constituent cependant pas le cœur du réseau social. Sur Facebook, Twitter, comme sur la totalité des réseaux sociaux que nous avons listés plus haut, ce sont les objets publics et semi-publics qui permettent l’interaction propre à ces réseaux. Bien entendu, cette typologie peut être nuancée à l’infini, dans la mesure où les paramètres de visibilité de tout objet sont personnalisables (discussions privées collectives, paramètres de confidentialité, …). Il existe une très grande diversité d’objets ouverts à l’interaction. Plutôt que de tenter de faire une liste exhaustive des types de contenus que les utilisateurs peuvent générer sur un réseau social, établissons une typologie des objets mis à disposition des utilisateurs pour s’exprimer et interagir sur la plate-forme.

Le premier type de contenu : textuel, se retrouve sous la forme du statut sur Facebook ou Google +, sous la forme du tweet sur Twitter, ou bien encore en commentaire sur la plupart des plates-formes.

Nous pouvons considérer les contenus de type visuel comme une part non-négligeable des possibilités offertes aux utilisateurs. L’image, présente sur tous les réseaux sociaux représente parfois même le cœur de certains systèmes, si on pense notamment à Instagram ou Pinterest, qui sont entièrement axés autour de problématiques visuelles. Dans le même ordre d’idée nous pouvons considérer les formats vidéo sur les plates-formes déjà évoquées, ou dans le cadre des systèmes tels que Vine[7].

Chaque plate-forme propose ainsi une palette d’outils permettant à ses utilisateurs de s’exprimer via des formats prédéterminés. Ces outils mettent en place un cadre de créativité contraint qui met en lumière deux lignes de tension majeures :

-       Les utilisateurs doivent redoubler d’inventivité si ils veulent s’approprier des outils de création qui sont les mêmes pour tous.

-       Parallèlement, ce cadre inscrit nécessairement la créativité dans un périmètre extrêmement précis. Il s’agit de composer avec les possibilités offertes par les outils mis à disposition. On ne peut concevoir ses propres outils. Le statut, aussi imaginatif soit-il, restera toujours un statut. Le tweet le plus original du monde ne dépassera jamais les 140 caractères.

Ces outils mis à disposition des utilisateurs ont ainsi deux valeurs paradoxalement complémentaires. Ils peuvent aussi bien être considérés comme les catalyseurs de la créativité ou comme les limites infranchissables de toute création possible.

En ce sens, Facebook est un exemple typique de ce type de dispositifs offrant une palette d’outils orientant la créativité. C’est dans cette optique que nous sélectionnons Facebook comme le réseau social cristallisant des pratiques et des systèmes propre à ce que l’on a choisi de considérer comme « réseaux sociaux ». Notre préoccupation n’est pas d’être représentatif dans la mesure où la quantité et la diversité des sites, rend impossible la mise en place d’un corpus représentatif sur Internet. Faute de pouvoir prétendre à une quelconque exhaustivité ou représentativité des phénomènes observés sur les dispositifs comme Facebook, nous prenons le parti d’identifier un type de fonctionnement propre à ce type de réseaux sociaux et d’analyser les enjeux qui y sont associés sans pour autant en tirer de conclusions qui pourraient être applicables à l’ensemble des réseaux sociaux.


I / Un dispositif structuré et structurant [B] >


[1] O’REILLY Tim, “What is web 2.0 ?” – Publié le 30/09/2005 – Consulté le 23/03/2013 –
URL : http://oreilly.com/pub/a/web2/archive/what-is-web-20.html

[2] « Trusting users as co-developers »

[3] Boyd, D. M., & Ellison, N. B. (2007). Social network sites: Definition, history, and scholarship. Journal of Computer-Mediated Communication, 13(1), article 11.
URL : http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/boyd.ellison.html

[4] Idem – “We define social network sites as web-based services that allow individuals to

(1) construct a public or semi-public profile within a bounded system

(2) articulate a list of other users with whom they share a connection, and

(3) view and traverse their list of connections and those made by others within the system. The nature and nomenclature of these connections may vary from site to site.”

[5] « 50A présente les chiffres clés des médias sociaux en 2012 » Publié le 06/09/2012 – Consulté le 08/06/2013 – URL : http://blog.50a.fr/digital/50a-presente-les-chiffres-cles-des-medias-sociaux-en-2012

[6] MANENTI Boris « Facebook : un bug publie les messages privés » Publié le 25/09/2012 – Consulté le 07/08/2013. URL : http://obsession.nouvelobs.com/facebook/20120924.OBS3383/facebook-un-bug-publie-les-messages-prives.html

[7] Vine – http://vine.com


 

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