Introduction

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Introduction

 

 

Présentation du sujet

Connectés. Jamais nous n’avons été plus connectés, prétend-on, et ce grâce aux réseaux « sociaux », grâce au web 2.0. Qui ne rêve de raconter sa vie et celle de ses amis au jour le jour, heure par heure, de produire du contenu en continu ?

Si l’on en croit la presse, toutes ces révolutions dans notre quotidien seraient apparues avec l’arrivée de sites tels Facebook en 2004, Twitter en 2006, ainsi que la pléthore de réseaux qui ont vu le jour depuis.

Combien de débats et d’interrogations ont pu naître du développement, du quasi-emballement de ces outils de « réseautage social » ? Il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle question apparaisse dans la presse : on s’inquiète des conséquences sur les utilisateurs. Facebook rendrait-il ses utilisateurs malheureux[1] et Twitter les rendrait-il méchants[2] ? Les réseaux sociaux seraient-ils devenus le meilleur moyen de vendre des produits à leurs utilisateurs ?[3]

La vitesse à laquelle ces dispositifs se sont propagés et l’usage parfois intensif qui en est fait actuellement font qu’il est difficile d’imaginer qu’un tel phénomène n’ait pas induit des modifications, altérations voire des mutations profondes de notre vie au quotidien.

A bien observer les propos tenus sur ces sujets il ressort que la question qui revient le plus souvent porte sur la notion centrale du réseau : la relation. Qu’est-ce qu’une relation sur un réseau social ?

Notion simple en apparence mais si difficile à appréhender. Notion cependant devenue, convenons-en, moins abstraite que jamais, dans la mesure où elle prend des formes si aisément observables sur le réseau : en effet la relation s’y éploie, s’y voit, se donne à lire, se donne à vivre … et pourtant elle demeure bien difficile à concevoir.

La raison tient peut-être au fait que ces nouveaux dispositifs, s’ils sont à l’origine de mutations dans les mentalités, altèrent notre propre faculté d’analyse (le célèbre et difficile paradoxe du sociologue immergé lui-même dans son corpus concerne pleinement cette démarche). C’est précisément ici que réside la difficulté inhérente à ces systèmes. De là, peut-être aussi, la très grande diversité de recherches et d’analyses statistiques qui s’efforcent de mettre à jour quelles pourraient être les mutations que les réseaux sociaux seraient susceptibles d’engendrer.

Nous voyons bien que c’est la notion même de « mutation » qui focalise le mieux l’appréhension des enjeux tant individuels que sociétaux. Elle apparaît comme centrale pour la compréhension de la mise en place de nouveaux dispositifs sociaux et leur influence sur les mentalités et les usages.

 


 Corpus

Avec plus d’un milliard d’utilisateurs à son actif, Facebook est indiscutablement le réseau social le plus implanté à l’heure actuelle dans notre société[4]. Afin de mener notre étude efficacement, nous prenons le parti de concentrer notre analyse sur ce réseau social, sans pour autant nous interdire d’effectuer des parallèles avec d’autres réseaux sociaux afin d’identifier plus précisément les choix et la structure établie par Facebook. En ce qui concerne la période étudiée, nous nous appuierons sur l’interface de Facebook telle qu’elle se présente en 2013. Nous ne nous appuierons sur les précédentes versions de l’interface que dans une visée illustrative, afin de mieux comprendre la direction qui semble avoir été prise par la plate-forme au fil des années.

 


 Problématique générale

C’est autour de cette idée de mutation sur le réseau social Facebook que nous allons construire notre étude. Notre objectif ne sera pas d’identifier de manière exhaustive toutes les mutations dont Facebook pourrait être à l’origine. Nous serons infiniment plus concernés par l’image que Facebook permet de percevoir de nos relations sur le réseau, ainsi que par la place qui semble accordée à l’utilisateur au sein de ce dispositif.

De quelle manière le dispositif mis en place tente-t-il de remettre en question le statut et la valeur de l’utilisateur ?

En quoi la structure même de Facebook laisse-t-elle imaginer des pratiques et peut-être même des mentalités aussi mouvantes ?

Quelle est la place de l’usager dans un système construit essentiellement afin de favoriser la circulation de l’information ?

Comment définir une valeur et appréhender une identité numérique stable au sein d’un dispositif valorisant la rapidité, la mutation, et dont la règle absolue est l’évolution permanente de ses propres règles de fonctionnement ; décalant ainsi sans cesse l’horizon des usages et pratiques en une sorte de méta-mobilité ?

 


 Méthodologie

Afin d’apporter la réponse la plus complète à la problématique que nous avons mise au jour, notre démarche prendra systématiquement pour point de départ l’observation de terrain. Ce n’est qu’en nous appuyant sur des faits qui, au premier abord, peuvent passer pour triviaux, que nous pourrons par la suite prendre la hauteur théorique nécessaire à notre étude.

La sélection des éléments et des publications se fera en adoptant une position d’observation participante en ligne. En effet, l’étude d’un objet tel que Facebook pose nécessairement la question de l’objectivité des exemples choisis, ainsi que de leur représentativité. Nous mènerons cependant cette étude depuis notre profil personnel. Sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité, les éléments que nous identifierons et analyserons seront considérés dans leur dimension exemplaire.

Interroger la place et la valeur de l’Humain au cœur des relations sur ces dispositifs « 2.0″ demande nécessairement d’étudier la notion même d’identité numérique. Afin de ne pas sortir du cadre de l’analyse sémiotique que nous nous sommes fixés, nous nous attacherons à appréhender cette notion d’identité numérique en partant de la place qui est faite à l’utilisateur au sein du dispositif. Aborder la question du point de vue des usages et des mentalités demanderait de mettre en place une approche d’ordre socio-psychologique qui sortirait du cadre de notre étude. L’approche de l’identité numérique se fera donc sous l’angle du dispositif et des enjeux qui y sont associés. C’est en partant de ces enjeux que nous pourrons voir apparaître en négatif les mutations que ces systèmes sont susceptibles d’entraîner sur les usages et les mentalités.

Au sein de ces systèmes permettant la circulation de l’information, nous nous attarderons sur les problématiques liées au contexte de réception et d’émission de l’information. Nous nous attacherons à retracer le cycle de circulation d’une publication sur le réseau de sa création à sa consommation, en soumettant à plusieurs éclairagesméthodologiques les différentes facettes de sa valeur : valeur de l’information, valeur de l’espace, valeur du contexte d’émission et de réception.

Afin de nous appuyer sur des éléments concrets issus du terrain que nous avons choisi d’étudier, nous avons pris le parti de mener des entretiens semi-directifs avec deux professionnels travaillant sur les problématiques d’usages des réseaux sociaux, et sur les mutations induites par ces derniers. Ces entretiens nous ont permis de confronter au réel nos recherches et intuitions. De la même manière, afin de fonder nos réflexions sur le dispositif, nous nous sommes attachés à établir plusieurs études sémiotiques sur des éléments clés du réseau, afin de comprendre leur fonctionnement et leur valeur.

Au cours de notre étude, nous soumettrons ainsi méthodiquement chacune de ces trois hypothèses à la réalité du réseau et analyserons si elles correspondent à ce que nous observerons sur le réseau.

 


 Hypothèse 1

Les réseaux sociaux sont légion aujourd’hui. Certains misant sur un système de partage de photos, d’autres sur une architecture de micro-blogging, destinés à un public jeune ou moins jeune, populaires ou non, il paraît difficile de trouver des lignes conductrices au milieu de cette diversité de dispositifs. Tous sont pourtant qualifiés de « réseaux sociaux ». Nous postulons que derrière cette apparente diversité et cette appellation, il est possible d’identifier une structure commune à tous ces dispositifs.

 


Hypothèse 2

L’utilisateur est présent sur le réseau social à travers son avatar, son nom prénom, ses actions. Il imprègne chaque fragment qui compose son profil, tant et si bien que le réseau n’offre plus seulement de l’information à la consommation des utilisateurs, il offrirait aussi et surtout des impressions d’individus, déconstruits par et pour le réseau social. Ainsi, nous mettrons à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle les réseaux sociaux mettent en scène une société de consommation qui se serait déplacée des biens vers l’Homme. Si tel est le cas, alors c’est tout le rapport à Autrui qui se retrouve modifié, le rapport à l’altérité se penserait désormais à travers l’immédiateté de la consommation de l’information. Nous souhaitons poser également au cœur de cette hypothèse la question du rapport à sa propre image que ces dynamiques seraient susceptibles de faire évoluer.

 


 Hypothèse 3

L’introduction de l’utilisateur au sein de l’équation change la donne et nous invite à interroger quel rapport nous pensons désormais entretenir avec ce que la plate-forme prétend être des utilisateurs numérisés. A une époque où les dispositifs évoluent de plus en plus vite, où l’information se doit de circuler rapidement pour être consommée rapidement, le rapport à l’image de l’utilisateur lui-même n’évoluerait-il pas à la même vitesse ? Comment concevoir une mentalité unique et stable au sein d’un dispositif sans cesse en mutation ? Mentalités et pratiques s’inscriraient dès lors dans une dynamique de mutation constante, rendant les relations à soi et à l’autre insaisissables.

C’est donc grâce à ces trois grands axes que nous allons mener notre étude et tenter ainsi de mettre au jour le fonctionnement profond des medias sociaux qui donne naissance à toutes ces questions et polémiques sur l’usage de ces réseaux. Le premier temps de notre étude sera nécessairement d’établir une définition de cette notion de réseaux sociaux encore vague, qui recouvre une trop grande diversité de réalités.

 

I / Un dispositif structuré et structurant [A] >

 


 

[1] MAYER Agathe – « Facebook rend-il malheureux ? » – Publié le 19/08/2013 – Consulté le 14/08/2013 – URL : http://www.topsante.com/medecine/addictions/ecrans/vivre-avec/facebook-rend-il-malheureux-42755

[2] GRONDIN Anaëlle – « Mais pourquoi est-on méchant sur Twitter ? » – Publié le 22/11/2012Consulté le 14/08/2013 – URL : http://www.20minutes.fr/television/1048136-pourquoi-est-on-mechant-twitter

[3] IDELVALLE – « Twitter : les followers, prospects en or pour les marques ? » – Publié le 27/08/2013 – Consulté le 14/08/2013 – URL : http://www.commentcamarche.net/news/5863027-twitter-les-followers-prospects-en-or-pour-les-marques

[4] « 50A présente les chiffres clés des médias sociaux en 2012 » Publié le 06/09/2012 – Consulté le 08/06/2013 – URL : http://blog.50a.fr/digital/50a-presente-les-chiffres-cles-des-medias-sociaux-en-2012


 

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