SnapChat et le partage éphémère : la tendance 2013 ?

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8 janvier 2013 // Nouveautés, Social Media

Jusque-là on connaissait le SMS : le message aussi fréquent que frivole, qu’on lisait, auquel on répondait puis qu’on oubliait. On connaissait le statut qui disparaissait au bout de quelques minutes dans la masse des informations traitées par le fil d’actualité. Et tant d’autres formats que l’on consommait puis que l’on oubliait aussitôt.

Aujourd’hui, les technologies sociales vont plus loin en proposant un contenu qui est d’emblée pensé comme éphémère. L’intérêt et la valeur ajouté d’un tel service n’est évoqué que très rapidement dans cet article du blog Rezonances :

« Selon [la fille du créateur], le service lui permet de partager autant qu’elle le souhaite des photos ou vidéos insignifiantes avec ses amis (elle prend l’exemple d’un homme dans un aéroport « endormi dans une position bizarre »), sans devoir être gênée ensuite par le fait que ces fichiers insignifiants, dérangeants, incongrus… restent en ligne sur Facebook, Twitter, Instagram, ou dans les MMS des destinataires. »

En somme l’apparition de ce nouveau format, qui ne se définit plus uniquement dans l’espace de sa consommation (sous toutes ses formes : Internet / Smartphone / fil d’actualité /….) se définit désormais également par la temporalité de sa consommation. Comme nous l’évoquions avec les SMS, les pokes et les statuts, nous étions jusque-là face à des formats implicitement éphémères. Avec l’arrivée de ces nouveaux formats que sont les « Facebook Poke » ou «  SnapChat », l’éphémère est désormais une des caractéristiques premières de ce format : il doit exister le temps d’être consommé pas plus. C’est la première fois qu’un format de communication internet grand public est conçu dans cette optique. Même le SMS, aussi frivole soit il pouvait être conservé.

Du point de vue des usages, il est clair qu’un nouvel usage se dégage de cette technologie. Que l’usage conditionne la technologie, ou que la technologie encourage un usage, la question n’est pas là. Posons-nous plutôt la question de savoir quel type d’usages sont déterminés par ce nouveau format ?

Premièrement, c’est un rapport à l’information qui est défini, et assumé dans une dynamique de consommation. On parle souvent d’infobésité, ces nouveaux services ne font qu’apporter une pierre supplémentaire à cette surenchère d’information. Mais c’est à une information plus insidieuse que nous avons affaire, car elle ne laisse (en théorie) pas de trace. Donc, il n’existe pas nécessairement de moyen de la mesurer. C’est une information qui fait désormais partie de notre quotidien, qui arrive et disparaît aussi vite. De ce fait, si on en arrive à penser une information qui ne laisse pas de trace, et qui ne doit surtout pas laisser de trace, quelle valeur a encore cette information ? Et de manière plus générale, quelle valeur a cet acte de communication en lui-même ?

Si on s’appuie sur l’exemple (prétendu) de la fille du fondateur, on comprend que c’est la multiplication des interactions sociales qui demande la mise en place de telles technologies. Les interactions se veulent faciles. On ne doit pas passer 3 heures à réfléchir à ce que l’on envoie avant de l’envoyer. La construction mentale de l’information à envoyer se fait en un très court instant. Ce qui fait que l’on se retrouve avec des informations qui ne peuvent être consommés autrement qu’en un très court instant.

De cette notion de très court instant, découle l’idée du souvenir de l’information. Et de la même manière, ce sont les modalités de construction de l’information qui déterminent les modalités de consommation de ladite information. Le créateur du message ou de la photo ne se souviendra pas nécessairement de ce message plusieurs jours ou semaines plus tard. Il convient donc que la personne à qui le message est destiné entretienne le même rapport avec l’information.

Dans un sens, nous pouvons considérer que le format développé par SnapChat incarne à ce jour l’information la plus proche du format oral. Une image envoyée ou reçue par SnapChat et détruite quelques secondes plus tard par l’outil, ce n’est ni plus ni moins qu’un échange transformé en souvenir. A la manière d’un échange oral, il n’en existe plus aucune trace si ce n’est dans la souvenir des deux participants.

En somme le partage éphémère ne serait que l’évolution logique des formats que l’on connaissait déjà sur les téléphones mobiles et les médias sociaux. La construction d’information dans un temps très court, et pensée pour une consommation dans un temps identique. Une forme de suivi de l’actualité mais vue au microscope. Le concept est pour le moment appliqué au partage de photos, quel sera donc le prochain format à subir ce passage à l’éphémère ?

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